1) Voici une très modeste contribution à vos réflexions
(extraits d'un message que j'ai posté sur les Cahiers de Doléances et Projets (www.doleances.org) il y a plusieurs mois)
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(...) à propos de la prolifération de textes, de la non-publication
de textes
d'application, de la contradiction des textes, ou de leur imprécision,
je
propose :
- que tout amendement ou projet de loi soit obligatoirement accompagné
de projets de décrets et textes applicatifs, et que l'ensemble soit
obligatoirement accompagné d' "organigrammmes". Le tout, bien évidemment,
à la disposition gratuite du public, sous une forme électronique
ad hoc. La schématisation sous forme d'organigramme permet trois
choses :
A) une déclinaison de tous les "cas traitables" possibles, donnant
à l'avance le mode de traitement. Le législateur / réglementeur
voit alors (simulation) la conséquence de ses propositions. Il voit
également s'il a oublié des "cas
traitables", décide d'en ajouter, ou, au contraire, horrifié
par la complexité de la chose, décide d'en retrancher pour
rester au niveau "maximum" de généralité. Quant au
citoyen, il peut constater que son cas est "traitable" ou
non, faire pression pour ajouter au bordel ambiant en demandant plus
de particularités (et donc de complexité, de coût,
voire de contentieux, d'injustices ...), ou proposer des simplifications
génératrices d'équité et
d'efficacité (mais, certes, aux dépens de l'acquisition
de nouveaux "privilèges" pour une catégorie étroite).
Bref, extrêmement éducatifs, aussi bien pour l'élite
dirigeante que pour le citoyen lambda, ces instruments
(organigrammes, simulations ...) pourraient contribuer à faire
que nos administrations appliquent efficacement des décisions d'intérêt
général - et l'intérêt général
n'est pas l'addition des intérêts particuliers !. Redécouverte
de la politique ?
B) le repérage des "cas conflictuels"
Comme le sait tout informaticien d'entreprise chevronné, la
mise en organigramme des données et traitements fait parfois apparaître
des conflits. Cela permet, au niveau des directions concernées,
de redéfinir des
règles du jeu qui ne génèrent pas de conflits.
Nos législateurs /réglementeurs doivent accepter de prendre
le temps d'éliminer tout conflit (règles contradictoires)
au stade de la "conception". La publication des organigrammes permettrait
à tout citoyen d'aider au repérage des conflits, et de proposer
des solutions. Tout ceci prend du temps ... et est très opposé
à la "furia francese" (partagée très également
entre le peuple et ses élites) d'accumulation de règles,
très semblable à la compulsion acheteuse que s'efforcent
de déclencher les publicitaires. Il est faux, à mon avis,
d'imputer à un "tempérament national" irrépressible
de tels comportements nuisibles.
Car on a déjà réussi à modifier des comportements
soit-disant irrépressibles, notamment la stratégie de l'échelle
mobile en matière de prix et salaires.
C) le repérage des "exceptions"
Je reviens à mon informaticien chevronné : il sait bien
que "tout ne tient pas dans les organigrammes", autrement dit qu'un certain
nombre de cas relèvent d'un traitement "manuel" (expertise, bon
sens, formation de
l'opérateur). Je propose, pour l'administration, que la consigne
donnée à l'opérateur soit la suivante : tout ce qui
n'est pas interdit au citoyen, est autorisé, point à la ligne.
Autrement dit, en cas de "faute" ou d'imprécision
du législateur / réglementeur, le bénéfice
en revient systématiquement au citoyen, ou à l'habitant.
Ceci ne permettrait-il pas une évolution de nos mentalités,
d'un droit codifiant "tout en textes", à une société
de "droits et
devoirs" avec un peu moins de textes, et un peu plus de jurisprudence
?
Synthèse : si, effectivement, nous souhaitons "moderniser" nos
administrations, nous devons accepter de modifier nos comportements sociaux
et politiques. La "modernisation", cela veut dire, à l'aide d'instruments
électroniques, la connaissance et l'organisation de la connaissance
(représenter de façon efficace le "tas" gigantesque et informe
des textes ... déceler les vides, les incohérences, les
redondances ...). La modernisation, ensuite, c'est l'apprentissage d'une
démocratie plus évoluée où chacun, par le moyen
d'organigrammes, de simulations (etc.), prend le temps d'évaluer
l'opportunité de modifications (pertinence, coût, etc.). La
modernisation, enfin, c'est la possibilité de solutions locales,
le droit d'initiative, enfin réalisables grâce à la
rapidité de modification de règles
"locales" , elle même rendue possible par une base de connaissances
cohérente. Ce dernier point me paraît très important
: le bourgeonnement de règles "locales", par essais et erreurs,
permet, par la confrontation des
expériences, de contribuer à l'émergence de règles
supra-locales (nationales, etc.). Les "têtes d'oeuf du Centre du
pouvoir" n'ont plus le monopole du savoir, et encore moins du savoir-faire,
et encore beaucoup
moins du savoir-vivre !
Conclusion : "Festina lente" (hâte toi lentement ...). La modernité
(modernisation, mondialisation) exige en apparence des décisions
rapides. Ces décisions ne sont efficaces, cohérentes, équitables,
que si "la machine"
(l'administration, le droit) a subi une minutieuse préparation.
Notre appareil décisionnaire (législateur, réglementeur,
etc.) ne sait faire que du bricolage frénétique. Il est plus
qu'urgent de stopper net cette ardeur bricoleuse, et de se mettre au travail
de fond. Commençons par la "base de connaissance organisée".
Remarque à propos de la notion de "base de connaissances organisée"
: Un tel travail de fond a eu lieu à la fin du 18e siècle,
lorsque, sur au moins une dizaine d'années, on a recensé,
collationné les coutumiers, et que des
propositions de "lois nationales" ont vu le jour. Cela a abouti entre
autres au fameux "Code civil". Cela ne s'est pas fait en un jour ... Il
est à noter, aussi, que ces "Codes", grâce au long travail
de synthèse et d'élagage qui les
avaient précédés, étaient d'un volume parfaitement
assimilable par tout citoyen ou magistrat. D'où, en principe, une
réduction considérable de l'incohérence, de l'arbitraire,
etc.
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2) Est il possible aux experts de droit-org d'envisager des maquettes ou préfigurations de (certaines de) ces propositions ?
- comment bâtir un système de simulation permettant d'explorer un "tas" ou une "organisation" de connaissances, de façon à tester complétude, non-contradiction, etc.
- comment, dans un tel système, et dans la base de connaissances, formuler les connaissances ? Faut il un méta-langage au-dessus du langage juridique ? (lequel métalangage, entre autres propriétés, se prêterait à une "mise en informatique").
- quels interfaces (homme-machine et programme à programme) prévoir pour l'utilisation de la base de connaissances ?
- comment tester une structure de travail (internet-intranet-extranet)
"participative" permettant, non seulement le travail des "experts" (commissions
des lois dans les Assemblées, lobbies, cabinets juridiques), mais
aussi l'apport de simples particuliers, pour des débats, des
informations, synthèses, etc.
Cordialement à tous,
Xavier Maury - août 1999